Introduction à l’architecture

Le concept d’architecture

L’une des principales difficultés de la conception de systèmes est liée au fait que les besoins à satisfaire et les propriétés attendues d’un système s’affinent progressivement et ne se stabilisent le plus souvent que très tardivement dans son cycle de développement.

Le concepteur d’un système est donc obligé de travailler dans un environnement mouvant où tout évolue et peut être remis en cause en permanence. Cela rend de fait son travail difficile et parfois même quasi-impossible : il suffit de penser au système financier mondial pour voir à quel point un système artificiel peut ne pas être contrôlable quand il est complexe, alors même que sa dynamique est produite par des opérations élémentaires triviales (ici des ordres d’achat ou de vente, autrement dit de « simples » additions ou soustractions).

L’analyse architecturale est la réponse par excellence à ces problèmes structurels de maîtrise des systèmes : l’architecture d’un système peut en effet se définir comme sa partie invariante, c’est-à-dire celle que l’on peut raisonnablement considérer comme fixe au cours du temps. Ces invariants architecturaux vont donc servir naturellement de point d’appui à la conception d’un système et à la gestion de l’évolution du système.

Cela explique pourquoi le terme « architecture » recouvre en pratique deux sens à la fois distincts, mais totalement corrélés, à savoir d’une part un objet statique correspondant aux invariants d’un système (que nous avons pris ici comme définition), et d’autre part sa dimension dynamique qu’est la capacité de concevoir et de faire évoluer un système.

 

Paradigme analytique versus paradigme architectural

La pensée architecturale peut se définir – d’une certaine manière – par opposition à la pensée analytique traditionnelle. Raisonner en architecte, ce n’est en effet absolument pas chercher à comprendre dans le moindre détail comment va fonctionner le système dont on s’occupe (ce qui serait ce à quoi s’attacherait une approche d’ingénierie analytique), mais bien à identifier quels vont être les grands invariants structuraux du système – notamment ses interfaces – pour laisser ensuite le système trouver son propre équilibre dans le cadre architectural qu’on lui aura donné (et qu’il devra structurellement préserver et respecter).

Il est intéressant de voir que cette opposition entre pensée analytique et démarche architecturale est de même nature que celle qui structure les mathématiques entre analyse, probabilités & mécanique d’une part, et algèbre, logique & géométrie d’autre part : de même, l’ingénieur analyste est celui qui manipule les équations et les calculs tandis que l’architecte géomètre est celui qui joue avec les relations et les formes.

 

 Comparaison entre les paradigmes analytique et architectural

 

On notera enfin que les modes de pensée analytique et architecturale sont bien entendu totalement complémentaires en pratique. Un architecte doit notamment être capable de faire appel en permanence au meilleur de ces deux paradigmes en fonction de ses besoins : lorsque ce dernier doit approfondir la pertinence d’une solution architecturale ou qu’il est confronté à des problématiques de dimensionnement, seule une démarche de nature analytique peut typiquement lui permettre de qualifier sa solution.